06/10/2006

Que pouvons-nous faire ?

Al Gore : «Nous pensions jadis que la Nature évoluait trop lentement pour que nous en percevions les changements, ou que la Terre » était trop vaste et trop riche pour que l’humanité puisse la mettre en péril. Nous savons maintenant que nous avions tort.»

Une exploitation et une préservation plus vigilantes des ressources énergétiques, la recherche d’énergies renouvelables sont à mettre en oeuvre, ainsi que de nouvelles politiques. Nous disposons déjà de tout un arsenal technologique pour contrer le réchauffement climatique.

Parmi les démarches immédiates : la construction de voitures «propres», d’ustensiles plus performants, la préservation des ressources énergétiques à l’échelle internationale.

À l’échelon individuel, nous pouvons agir immédiatement et efficacement en réduisant nos émissions de gaz à effet de serre.

Certaines grandes sociétés ont trouvé le moyen de réduire leurs émissions de gaz tout en réalisant des économies – et la voie est ouverte pour quantité d’autres innovations.

Le développement et la mise en place de technologies «propres» – éoliennes, panneaux solaires, moteurs hybrides ou fiouls alternatifs – seraient déterminants pour la maîtrise du réchauffement climatique.

Pour en savoir plus ou pour agir, rendez-vous sur www.climatecrisis.net

Quelques constats

KaterinaAu cours des dernières décennies, les ouragans de catégorie 4ou 5 ont quasiment doublé. Selon les prévisionnistes, le réchauffement climatique et l’élévation de la température des océans renforcera la violence des tempêtes tropicales et des ouragans.

Des tempêtes sévères entraîneront des inondations dans certaines régions, tandis que d’autres subiront davantage d’incendies de forêts et de périodes de sécheresse.

Les basses terres insulaires ne seront plus habitables en raison de l’élévation du niveau des mers.

Les forêts, les fermes et les villes seront frappées par de nouvelles épidémies et des maladies transportées par les insectes.

Les dommages infligés à certains habitats naturels, comme les récifs de corail ou les prairies alpestres, pourraient entraîner l’extinction de nombreuses espèces végétales et animales.

Qu'est ce que le réchauffement climatique

kilimanjaro Le réchauffement climatique est provoqué par l’émission de dioxyde de carbone et autres gaz «à effet de serre» dont l’accumulation bloque la remontée de la chaleur solaire dans l’atmosphère. Résultat : la température terrestre augmente – et continue de monter à mesure que s’accroît le volume de gaz émis. Ces gaz résultent de la combustion de fiouls fossiles dans nos moteurs de voitures et nos usines, mais aussi de la déforestation et de la réduction des surfaces cultivées.

Les scientifiques décèlent les traces du réchauffement climatique sur des prélèvements en profondeur («carottages») de glaces très anciennes, des sédiments océaniques, des arbres et des formations de corail.

Le réchauffement climatique pose un problème à notre civilisation parce qu’il va provoquer des tempêtes et des périodes de sécheresse de plus en plus critiques, entraîner la fonte des glaciers, perturber l’ensemble des conditions météorologiques et susciter de nouvelles épidémies.

L’automobile et l’utilisation de charbon en usine sont les deux sources principales d’émission de dioxyde de carbone aux États-Unis. La déforestation joue aussi un rôle clé à l’échelle mondiale.

Les savants affirment que si nous ne réduisons pas ces émissions, les températures pourraient monter de 3 à 9 degrés d’ici la fin du siècle.

Des statistiques surprenantes

• Des carottages en Arctique indiquent que la concentration en
dioxyde de carbone est aujourd’hui supérieure à ce qu’elle fut au
cours des 650 000 dernières années.
• 2005 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée. Cet étélà,
des records de chaleur ont été battus dans des centaines de villes
américaines.
Les dix années les plus chaudes mesurées jusqu’ici sont toutes
postérieures à 1990.
• Au cours des cinquante dernières années, la hausse des températures
a été la plus rapide depuis le début des mesures scientifiques.
• En 2003, des vagues de chaleur ont causé 30 000 décès en Europe
et 1500 morts en Inde.
• Depuis 1978, les glaces arctiques diminuent d’environ 9 % par
décennie.
• En 2000, on a aperçu pour la première fois des mouettes au
Pôle Nord.
• Au rythme actuel de leur fonte, les neiges du Kilimandjaro
pourraient bien avoir disparu en 2020.
Kilimanjaro en 2005 (Afrique)

Les conférences d'Al Gore

patagonie

Au coeur de la présentation d’Al Gore sur le réchauffement climatique et du film, on découvre des photos choc du Kilimandjaro et de l’Himalaya qui mettent en évidence la fonte ultrarapide decertains des plus grands glaciers du monde et ses répercussions. Les exemples américains ne manquent pas non plus : Gore nous montre ainsi que le majestueux Glacier National Park ne possède maintenant plus que quelques-unes des étendues glaciaires qui ont fait sa réputation.

Ces images ont un impact indéniable. Le spectacle de la dégradation continue de ces sites magiques est à la fois navrant et mobilisateur. Nous pensions jadis que la Nature évoluait trop lentement pour que nous en percevions les changements, ou que la Terre était trop vaste et trop riche pour que l’humanité puisse la mettre en péril. Nous savons maintenant que nous avions tort. Gore nous montre clairement que des changements massifs se produisent tout autour de nous et que notre planète subit à chaque minute de nouveaux outrages.

Gore avance ensuite des preuves encore plus incontestables.

Les dix années les plus chaudes jamais enregistrées se situent au cours des quatorze dernières années. Les océans, en particulier, se réchauffent à un rythme accéléré, provoquant des tempêtes tropicales et des ouragans de plus en plus violents, tels le désastreux Katrina qui ravagea la Nouvelle-Orléans en 2005. Des variations pluviométriques brutales ont entraîné des crues et des périodes de sécheresse de plus en plus sévères, tandis que les canicules faisaient à travers le monde d’innombrables victimes.

La hausse des températures a également causé l’extinction de certaines des plus belles espèces animales, notamment l’ours polaire. Pour la première fois de leur histoire, ces)magnifiques plantigrades s’épuisent en effet dans la vaine recherche d’une banquise nourricière, et finissent par se noyer.

Gore constate avec tristesse que, malgré une abondante moisson de données scientifiques avérées, trop d’Américains – et de leurs dirigeants – doutent encore de la réalité du réchauffement climatique. Les médias ont aussi leur part de responsabilité. Gore cite à cet égard deux statistiques éclairantes : fin 2004, Science Magazine recensait 928 études scientifiques corroborant la thèse du réchauffement, et aucune qui le contestât ; à la même époque, 53 %des articles de presse grand public la mettaient pourtant en doute. Manifestement, le message a du mal à passer…

Pour Gore, il est urgent de commencer par corriger certaines erreurs. La principale est de croire que cette crise planétaire a atteint une telle ampleur qu’elle est désormais ingérable. Gore, qui n’est pas du genre à baisser les bras, rétorque que les Américain sont affronté dans leur histoire quantité de problèmes réputés insolubles, de l’abolition de l’esclavage aux expéditions lunaires.

Il croit que la lutte contre le réchauffement climatique mérite de s’inscrire dans cette grande tradition. Il réfute aussi la thèse selon laquelle le développement économique serait inconciliable avec la défense de l’environnement. Il appelle à un «Siècle de Renouveau» dans des domaines tels que la conservation des ressources énergétiques, les transports ou la recherche d’énergies alternatives.

Mais il faut pour cela que le peuple américain se rassemble et affronte collectivement le problème, que chacun accepte de changer de style de vie et fasse pression sur les politiciens pour les amener à agir bien plus qu’aujourd’hui. Al Gore perçoit les signes avant-coureurs d’une mobilisation de masse, qui se dessine à travers les états d’Amérique et dans les partis politiques, et espère qu’UNE VÉRITÉ QUI DÉRANGE sera un catalyseur et une source d’inspiration pour ce grand mouvement.


 

Bio express d'Al Gore

al and wifeL’ancien Vice-président Al Gore préside Generation InvestmentManagement, firme basée à Londres et dédiée à une nouvelle approche du soutien au développement durable. Il préside aussi Current TV, chaîne indépendante diffusée sur le câble et le satellite et orientée vers un public jeune auquel elle offre l’occasion de créer lui-même ses propres contenus et informations. Membre du conseil d’administration d’Apple Computer, Inc., conseiller senior auprès de Google, Inc., il est professeur associé de l’Université d’État de Murfeesboro (Tennessee).Al Gore a été élu en 1976 à la Chambre des Représentants où il a effectué quatre mandats consécutifs. Élu au Sénat en 1984 et1990, il est devenu le 45ème Vice-président des États-Unis le 20 janvier1993. Sous l’administration Clinton, Al Gore a joué un rôle central dans l’équipe présidentielle chargée des affaires économiques. Il a également exercé les fonctions de Président du Sénat, de membre du Cabinet, de membre du Conseil National de Sécurité tout en pilotant un grand nombre d’initiatives officielles, notamment dans le domaine de la protection de l’environnement. Il est l’auteur du best-seller Earth in the Balance : Ecology and the HumanSpirit (1992). Al Gore et sa femme, Tipper, résident à Nashville, dans le Tennessee.

Interview avec Al Gore

gore 2
 

Vous vous préoccupez depuis longtemps de la question du réchauffementclimatique. Comment cela s’est-il traduit, et qu’est-cequi vous a motivé à faire ce spectacle itinérant ?

J’ai commencé à étudier le problème à la fin des années soixante, après avoir été alerté par l’un de mes professeurs de fac, Roger Revelle. J’ai contribué à l’organisation des premières auditions du Congrès sur ce thème à la fin des années soixante dix, après mon élection à la Chambre des Représentants. J’ai commencé à en discuter avec des dirigeants étrangers au cours des années quatre-vingt et ai organisé un réseau mondial de législateurs pour traiter de ces questions. En tant que Sénateur, puis en tant que Vice-président, j’ai participé à de nombreuses rencontres internationales sur l’environnement, dont le Sommet de la Terre à Rio, en 1992, et les négociations sur le Protocole de Kyoto, en 1997.Une masse croissante d’études scientifiques a renforcé mes convictions et mes préoccupations, m’amenant à entreprendre cette mission d’information pour faire comprendre à tous l’urgence de la crise. Ce travail se poursuit, j’apprends chaque jour à communiquer plus efficacement sur ce problème.

Pourriez-vous nous parler de l’accident qui a failli coûter la vi eà votre fils et de ses répercussions sur votre mission ?

L’idée que je risquais de perdre un enfant a été un profond déchirement, mais aussi une leçon. J’ignorais, par exemple, ce secret de la condition humaine : la souffrance rapproche les gens. J’ai découvert que lorsque des personnes qui avaient éprouvé la même douleur me tendaient la main, un lien spirituel se nouait entre nous, qui me permettait de franchir un cap et de guérir. Après cela, j’ai envisagé tout autrement le risque que nous courions de perdre notre précieuse Terre ou de la rendre inhabitable.

Pourquoi Participant est-elle la société appropriée pour produire ce documentaire ? Vous associerez-vous à la campagne d’action sociale qu’elle mènera pour ce film comme pour ses autres productions ?

Jeff Skoll m’a impressionné par sa compétence et sa passion. Sa société occupe une place unique, j’admire son action. La réponse est :oui, je m’impliquerai de très près dans cette campagne. www.climatecrisis.net.

Vous dites dans ce film que nous ne devrions pas passer «du déni au désespoir». Qu’entendez-vous par là ?

Notre civilisation en est encore au stade du déni «de catégorie 5». Ce déni commence à céder du terrain, mais une prise de conscience collective de l’urgence et de la gravité de la situation pourrait nous amener à penser que la crise est d’une ampleur insurmontable. Or, il existe des solutions. Une seule chose manque :la volonté politique, mais c’est une énergie renouvelable!

Vous évoquez aussi «une vérité qui dérange». Quel sens précis attribuez-vous à cette formule qui a donné son titre au film ?

Certaines vérités sont difficiles à accepter parce que si vous les entendez vraiment, vous êtes contraint au changement. Ce qui est parfois extrêmement dérangeant.

Nous avons perdu beaucoup de temps en n’affrontant pas directement ce problème dont l’urgence semble maintenant reconnue. On pourrait penser que cela vous déprime, or vous continuez à vous battre et à garder une attitude très positive.

J’ai parfois l’impression d’être dans un de ces feuilletons du muet où de nouveaux périls surgissent à chaque fin de chapitre, mais il y a toute raison d’être optimiste si chacune des personnes qui lira cette phrase s’engage dans le combat. Il ne nous reste plus beaucoup de temps pour changer de cap – mais il nous reste du temps.